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Coup(s) de pouce

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2 février 2005 3 02 /02 /février /2005 23:00
Maître Ato est un ouvrier maçon retraité, vivant dans un appartement d’une cité HLM d’une grande ville, une de ces cités ou les peuples cohabitent de façon aléatoire et parfois apparemment contre-nature. Bien que les batailles de bandes fassent rage parfois, Maître Ato continue de sortir faire ses courses tranquillement, son panier d’osier au bras. Maître Ato s’est vu attribué le titre de maître par les animateurs sociaux, tous le respectent et viennent lui demander conseil. Maître Ato est très étonné de ce fait, et cela le dérange, car il sait parfaitement qu’il sera un jour victime de ses propres conseils. Mais il ne peut faire autrement, du moins pendant quelques mois, le temps pour lui de réaliser son grand rêve : aller vivre en ermite dans une grotte. Nous allons ici vous raconter quelques-unes de ces "consultations".
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1 février 2005 2 01 /02 /février /2005 23:00

Maître Ato, en allant faire ses courses, voit tous les jours un garçon d’une quinzaine d’années se faire bousculer par des jeunes de son âge. Pourtant, il est très fort, bien plus grand que ses agresseurs, mais il ne réagit pas, se laissant insulter et bousculer, chaque jour. Maître Ato admire ce sang-froid, mais se demande toutefois s’il s’agit vraiment de sagesse. En effet, ce garçon est bien jeune pour ce niveau de maîtrise, et le fait qu’il soit la cible quotidienne fait plus penser à un bouc émissaire plutôt qu’autre chose. Aujourd’hui ne diffère pas des autres jours, pourtant Ato s’assied sur un banc, en face du groupe. Il est décidé à "agir". Le jeune homme, après avoir subit une fois de plus, s’approche de lui.
— Bonjour, Maître Ato. Je me nomme Tilza. J’ai vu que vous faisiez attention à moi, je n’en peux plus. Votre sagesse est célèbre ici, pourriez-vous m’aider à résoudre mon problème ?
— Quel est ton problème Tilza ? Je ne pourrais t’aider que si je le connais, et que tu le connais aussi...
— J’en ai assez de me faire insulter à longueur d’années, mais je n’aime pas me battre. Je pourrais les balayer d’un revers de manche, mais je risquerais de leur faire mal, et je ne veux pas.
— D’après toi, pourquoi s’en prennent-ils à toi, alors que tu es nettement plus fort qu’eux ?
— Je ne sais pas...
— Penses-y, et reviens me voir.

Quelques jours plus tard...
— Je pense avoir trouvé Maître. J’ai peur. Tout simplement.
— Et de quoi as-tu peur ?
— Qu’ils me fassent du mal, qu’ils déchirent mes vêtements, mes parents ne sont pas très riches...
— Et c’est ta peur qui fait qu’ils t’agressent ?
— Oui ! Car si je n’avais pas eu peur la première fois, ils ne m’embêteraient pas car ils auraient pris leur raclée.
— Que penses-tu de Bicé ?
— Je ne comprends pas Maître...
— Bicé est plus petit et moins fort que toi. Il ne se bat jamais, et pourtant n’est jamais ennuyé. Trouve pourquoi, et reviens me voir...

Quelques jours plus tard...
— Je pense avoir trouvé, Maître. J’ai observé Bicé, il ne fait rien de spécial. Il marche tranquillement, se déplace normalement. Il est tellement ordinaire que personne ne le remarque. Il parle rarement, et toujours pour donner raison à la personne la plus influente, sans jamais donner tort aux autres.
— Et quelles sont les différences entre toi et lui ?
— Je me fais remarquer par ma grande taille, mais je ne peux me raccourcir ! Je suis quelqu’un d’honnête, et suis incapable de donner raison à celui qui a tort, même s’il est le plus influent !

Le visage de Maître Ato était neutre. Il ne proféra pas une parole, et Tilza, ne sachant que penser rentra chez lui.

Quelques jours plus tard...
— Bonjour Maître... Puis-je vous parler ? Ato renvoya Tilza d’un geste presque impoli, mais le jeune homme ne lui en voulu pas. Il revint jours après jours, guettant le moindre signe du vieil homme qui, mine de rien, venait s’asseoir tous les jours à l’heure de la sortie du lycée sur le même banc. Au bout de 2 mois, Ato attendait Tilza debout. Il le prit par le bras et l’emmena boire une limonade.
— Alors Tilza ? Quoi de neuf ?
— Je ne me fais plus agresser Maître, et je vous remercie grandement.

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31 janvier 2005 1 31 /01 /janvier /2005 23:00

Vengeance, émotion.

Le jeune Tilza était devenu l’élève d’Ato. Les choses s’étaient faites naturellement, sans qu’aucun ne fasse une démarche consciente.
Tilza avait envie d’apprendre, et en avait les capacités, Ato, quant à lui, n’avait pas l’outrecuidance de penser avoir à transmettre quoi que ce soit, mais il aimait ce jeune homme. (voir Maître Ato et le gentil garçon)
Ils passaient donc du temps ensembles, assis sur le fameux banc. Implicitement, une règle s’était imposée : pas plus de deux questions lors de leurs entretiens.

-  Maître, la vengeance est-elle mauvaise ?
-  La vengeance est une réaction a une action. Essaie toujours de me décrire une situation complète pour que je puisse t’apporter une réponse précise.
-  Vous m’avez en effet appris que la vengeance pouvait être évitée.
Pourtant, cela laisse un goût amer, une frustration qui me semble légitime.
-  Je pourrais te répondre comme Yang Zhu, l’ Epicure asiatique : "celui qui se retient de manger alors qu’il a faim, celui qui se retient de boire alors qu’il a soif, celui qui refuse les femmes alors qu’il en a envie, celui-là se remplit de négativité, et raccourci sa vie". Mais c’est un peu caricatural. Je préfère largement te répondre que la réaction de vengeance est une conséquence non d’un acte mais d’un ressenti, d’une interprétation. Si tu ne te sens jamais agressé, pourquoi voudrais-tu te venger ?

Les deux hommes restent silencieux plusieurs minutes, puis Tilza pose sa deuxième question.

-  Les gens ont tendance à dire que le sage est sans émotion, sans réaction. Qu’en pensez-vous ?
-  Ces gens sont des idiots. Comment imaginer un être humain dépourvu de sentiments, d’émotions ? Tu as du mal comprendre...
-  Non Maître, je vous assure !
-  Alors il ne faut plus écouter ces personnes, elles se voilent consciemment la vérité. Elles refusent délibérément une partie d’elles-mêmes, et leur chemin ne peut être que pavé d’embûches, avec comme issue la folie ou l’aveuglement. Le sage est celui qui sait reconnaître ses émotions, les concentrer dans ce qu’elles peuvent apporter de positif : l’art, l’amour, la quiétude, la sérénité...
-  Mais les émotions, même positives, nous entraînent vers des erreurs d’interprétation, et donc nous éloignent de la réalité.
La réalité n’est pas figée ! Elle change à chaque seconde. L’artiste qui a composé une symphonie n’a fait que traduire ses émotions. Il a changé la réalité de l’époque, mais aussi la nôtre. Pourrais-tu jurer que notre monde serait comme il est si Mozart n’avait pas existé ?

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30 janvier 2005 7 30 /01 /janvier /2005 23:00

Dans la cité, un homme d’une trentaine d’années vivait comme un vieil acariâtre. Les "d’jeuns" l’avaient baptisé l’archéologue : en effet, il était très bavard, et voulait toujours avoir raison. Alors inévitablement, il lui arrivait souvent de dire des bêtises, de se faire contrer, ou alors que plus personne ne veuille parler avec lui. Alors "l’archéologue" prenait le dessus ! Il se mettait à parler de choses invérifiables, qui s’étaient déroulées dans un pays que personnes dans ces habitations de pauvres gens n’avait pu connaître. Son truc à lui, son pays, c’était l’Amérique ! Il avait pourtant ses fans dans la cité... quelques personnes qu’il parvenait à faire rêver, d’autres hypnotisées par ses talents d’orateurs, ne se rendaient pas compte qu’il lui aurait fallut vivre 126 ans (Maître Ato avait un jour compté, par taquinerie), pour avoir réellement été et vécu tout cela. Et puis Manza n’était pas complètement idiot, et aimait être admiré. Il connaissait, en bon manipulateur, les points faibles des personnes de son entourage, et savait soit enfoncer le couteau, soit passer de l’onguent.

Ato était amusé par ce personnage, bien qu’il le trouvât dangereux pour qui se laissait prendre. Mais après tout, les faibles étaient des adultes, les plus jeunes ne se laissaient pas prendre à ces entourloupes de communiant ; ils avaient leurs rêves devant eux, eux.

Un jour, Manza vint voir Ato.
— Monsieur Ato, pourrais-je savoir ce que je vous ai fait ?
— Je ne comprends pas de quoi vous parlez, monsieur.
— Vous le savez fort bien ! Vous êtes un vieux c-n de m---e, une lopette, une bouse de vache séchée au pet de cheval, un gros fils de p--e débile, un vieil enc--é sans cou---es... et il continua ainsi pendant plusieurs minutes.

Maître Ato aurait pu fermer la porte. Il aurait pu aussi enfoncer dans la bouche de Manza le parapluie qu’il avait à portée de main, pourtant il n’en fit rien. Il écouta jusqu’au bout les invectives. Manza, le front en sueur, la bouche sèche, s’arrêta enfin
— Vous avez terminé monsieur ? demanda poliment Ato, et il ferma doucement la porte. S’il avait regardé par l’œilleton, il aurait pu voir un homme épuisé et au bout du rouleau. Il aurait aussi pu voir les regards de ses voisins. Mais il n’en avait cure, cela ne le regardait pas.

Quelques jours après, la cité était en deuil de l’archéologue. Il s’était suicidé, et ses "amis" n’allèrent pas à l’enterrement. En effet, ils avaient appris que Manza était traité depuis plusieurs années pour une maladie mentale.

Le concierge, qui, forcément, était au courant de tout et en particulier des petites rivalités entre voisins, s’adressa à Maître Ato :
— Cela doit vous faire plaisir que Manza soit mort ! C’était vraiment un sale con ! Vous insulter comme cela !

Maître Ato pensait à une scène d’un western qu’il avait vu dans sa jeunesse... celle ou les vautours tournent au-dessus d’un moribond. Il posa sa main sur l’épaule du concierge et lui dit :
— Mon ami, je me fiche que monsieur Manza vive ou meure. Il fait partie des milliards d’individus qui m’indiffèrent complètement. Il m’a insulté ? Oui, et alors ? Si ce n’avait pas été moi, s’eut été quelqu’un d’autre. Tout cela n’a vraiment pas d’importance

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29 janvier 2005 6 29 /01 /janvier /2005 23:00

Maître Ato est accoudé à sa fenêtre, et regarde le spectacle permanent de la rue.
Aujourd’hui, nous sommes le 1 novembre. Jour de la Toussaint ou, traditionnellement, chacun va fleurir la tombe de ses chers disparus.
Ato a une autre vision des choses, mais peu importe, il aime à contempler la vie se déroulant, particulièrement ces fêtes traditionnelles.
Oh ! Bien sûr, celle-ci n’est pas la plus gaie, mais voir ses familles réunies se rendre auprès d’un être qui comptait a quelque chose de rassurant.
Une famille passe sous sa fenêtre. Elle attire son attention car elle représente parfaitement la cité : une famille recomposée et, comme l’on dit maintenant, black-blanc-beur.
Ato sourit en suivant la petite troupe qui se rend à l’arrêt de bus...

C’est à ce moment qu’il le voit : un homme est assit à quelques mètres de la rue, au pied du grand marronnier.
Combien de personnes sont passées depuis ce matin devant lui ? Depuis combien de temps est-il là ?
Ato ferme sa fenêtre et décide de regarder la télé en buvant son thé.
Mais la silhouette de l’homme tourne dans sa tête.
Comprenant qu’il ne pourrait finir son thé tranquillement, il passe son manteau, et sort en pantoufles voir l’homme.

Il s’aperçoit rapidement qu’il est mort, froid.
Le médecin légiste, après examen sommaire sur place, déclare aux policiers qu’à première vue, il est mort depuis au moins 10 heures, que le corps n’a pas été déplacé.

Maître Ato rentre chez lui, le cœur lourd. Il sait pourtant que même le jour des morts, s’occuper des vivants passe avant tout.

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