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Je me réveille comme tous les matins, les sourcils froncés, le cheveux en bataille, le geste lourd.
Comme tous les matins d'hiver, je capte chaque particules de lumières, don que j'ai depuis l'enfance, pour me diriger sans allumer la lumière.
Je mets la cafetière en route, et ce n'est qu'au bout de quelques minutes que je m'aperçois que j'ai oublié de mettre le café. L'eau chaude le matin, c'est juste bon pour me raser, me laver les dents (car je suis un être fragile et délicat), et me doucher.
Mais nous n'en sommes pas là.
J'allume le micro ordinateur, m'étonnant de cette couleur inhabituelle signalant soit un virus, soit une fatigue définitive et coûteuse de l'écran.
Comme tous les matins, mon chien me suit du regard, attendant patiemment le signe de la promenade.
La conscience vient peu à peu, lentement, inexorablement. La conscience, puis l'évidence: je ne suis pas celui que je suis. Je suis un martien. Un étranger.
Allochtone plus de moi-même que des autres, finalement.
Le malaise qui m'habite (de cheval) est terrifiant. Une certitude s'impose à moi: je dois retrouver celui que je suis. Je suis quelque part, là, tout près! Etrange amnésie… serait-elle volontaire? Fut-elle une sauvegarde face à un danger? Une fuite? Comment admettre d'être autrement?
Mais… depuis combien de temps suis-je quelqu'un d'autre? Enfin, pas tout à fait moi? Question obsédante, qui me tue le réveil.
Je rassemble mes souvenirs, les mets en paquets de cinq, puis de dix, et rien d'évident n'apparaît. Je ne suis pas moi-même depuis très longtemps… si longtemps que je me demande si je fus un jour, un seul moi-même.
Il ne s'agit pas d'une différence entre mon esprit et mon corps… non… mon corps est ce qu'il est, et j'ai appris à m'en satisfaire avec bonheur. Mon esprit semble être duel. Une cacophonie plutôt qu'une stéréophonie.
J'accepte sans complexe ma part de féminité. Il ne s'agit pas non plus de cela. J'accepte avec fierté ce côté macho qui me vaut tant de conquêtes.
Alors quoi, par saint Couillebeau ! Une vérité se fait jour: nous sommes une somme, parfois une moyenne de variables: émotions, vécu, appris, culture, gènes… les variables… varient, bien sur! Et nous transforme continuellement.
L'anamorphose de notre masque est perpétuelle, continuelle. Nous ne pouvons nous baser sur une constante, mais sur plusieurs. Notre regard agit comme un système optique imparfait, tantôt flou, tantôt taché, mais jamais irréprochable.
Qui peut prétendre se connaître. Qui peut se penser constant?

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